C’est à la fin mai 1657 que Noël Simard délaissa le village de Puymoyen près d’Angoulème en France. Encore aujourd’hui, dans ce petit village d’Aquitaine, la maison ancestrale existe toujours. Jusqu’en 1976, la maison des Simard à Puymoyen est appartenue par la famille. René, est le dernier descendant qui y vécu et sur sa tombe dans le cimetière de Puymoyen, l’association des Simard du Canada y a déposé une plaque à sa mémoire. On dit aussi qu'une descendante des Simard vit toujours à Puymoyen. (Les photos de la maison, de la tombe et de la plaque proviennent du Service Régional de l’Inventaire de Poitou-Charentes et elles en sont sa propriété).

Noël Simard est à l’origine de tous les Simard du Canada. Il quitta la terre natale, avec son père Pierre, par le port de La Rochelle, en laissant derrière lui, mère, fratrie, amis et parents pour venir fonder en Amérique une des plus nombreuses familles de la Nouvelle-France.

Après les préparations d’usage, il s’embarqua sur le navire «Le Taureau», dont les trois quarts sont la propriété de François Peron (de 1615 à 1665) et l'autre quart au capitaine Élie Tadourneau. La traversée fut confiée au capitaine Tadourneau. Celui-ci jeta l’ancre dans le port de Québec le 21 juin 1657. Le voyage fut alors considéré rapide et sans problème.

À leur arrivée, Noël et son père s’établirent  près de Ste-Anne de Beaupré entre Grande Pointe et Gros Cap Maillard. Puis, sous les conseils de Mgr Laval et suite à une entente avec celui-ci, nos ancêtres s’implantèrent et développèrent la région de Baie St-Paul. D’ailleurs sur le terrain de l’église, un monument en l’honneur des Pionniers de la Baie St-Paul est érigé et on y retrouve, en ex-voto, leur nom.

Suite à leur arrivée au Canada

La Basilique Sainte-Anne de Beaupré connue de tous et de toutes n'est pas le premier bâtiment à vocation religieuse qui fut érigée sur ses lots. En effet, trois Églises l'ont précédé: la toute première construite en 1658, la deuxième construite en 1661 à l'Est du site actuel de l'ancien cimetière et la dernière qui fut construite en 1676 et détruite en 1876.

Celle de 1658 nous intéresse particulièrement car parmi ses ouvriers, on y retrouve Pierre et Noël Simard qui y travaillent comme maçons ainsi que Louis Guimond, un infirme, qui fut guéri en y posant la toute première pierre. C'est sur cette Église, reconstruite depuis, que l'on y trouve une plaque commémorative au sujet du passage de nos deux ancêtres. Depuis lors, la Basilique (reconstruite en 1923 suite à l'incendie de 1922) sert de lieu de pèlerinage où se rencontrent de nombreux fidèles pour y remémorer les divers miracles qui s'y produirent.

En 1666, Pierre et Noël Simard qui songent à agrandir leur domaine, s'informe du prix de la propriété voisine mise en vente par son propriétaire, M. Gigouin. Cette opportunité bien alléchante n'entre toutefois pas dans le budget de nos deux maçons et ils doivent trouver une solution afin de pouvoir en défrayer les coûts, fixés à 1500 livres. Sachant qu'il s'agit là d'une occasion à ne pas laisser passer, comme bons fidèles, ils demanderont conseils à Mgr. Laval. Celui-ci leur prête l'argent nécessaire. Cependant, Pierre et Noël vivent des années de plus en plus difficiles et la famille qui ne cesse ne s'accroître n'aide pas à leur situation économique.

Mgr. Laval, qui constate les difficultés économiques de la famille, décide d'employer Pierre et Noël pour défricher un terrain qui servira à ériger sa Seigneurie, sur les terres de Baie St-Paul. Ce contrat (bail signé le 29 novembre 1677) servira à rembourser leur dette suite à l'acquisition du terrain de M. Gigouin. Noël accepte ce travail qui lui permettra aussi de se procurer des terres pour sa nombreuse famille. Ces terres sont situées à Cap Maillart (aujourd'hui la Petite Rivière Saint-François). La fin des travaux, en 1683, est aussi marquée par la fin de leur dette à Mgr. Laval. 

L'érection d'une plaque commémorative à Baie St-Paul (article de Louis-Guy Lemieux, Le Soleil, 20 juin 2004. Photo: François Renaud et Manon Simard, Juillet 2008)

Les grandes familles: Les Simard - Noël Simard dit Lombrette, premier ancêtre de tous les Simard d'Amérique

Monsieur et Madame Philippe Simard de Bagotville, comté de Chicoutimi.

En 1948, pour marquer le 250e anniversaire de l'érection de sa première église, Baie-Saint-Paul dévoile un impressionnant monument de granit et de bronze afin d'honorer ses pionniers. Sculpté par Émile Brunet, il s'orne notamment d'un haut-relief représentant Noël Simard dit Lombrette, son épouse, Marie-Madeleine Racine, et leur fille, Rosalie, "premier enfant d'origine française né en ce lieu".

Noël Simard n'est pas seulement le pionnier de Baie-Saint-Paul. Il est aussi à lui seul l'ancêtre de tous les Simard d'Amérique.

Sur une période de 30 ans, géniteurs généreux, Noël et Marie-Madeleine mettront au monde 14 enfants : huit garçons et six filles. Fait à noter, aucune mortalité infantile ne viendra assombrir ce beau portrait de famille.

Dans sa remarquable biographie de Noël Simard dit Lombrette publiée par la Société historique du Saguenay à l'occasion du tricentenaire de la famille, Paul Médéric se fait lyrique et qualifie le premier pionnier de "patriarche de grand style, de conquérant de domaines, de constructeur multiple, de fondateur de patrie".

Il signale avec raison que notre homme a défriché trois terres à Sainte-Anne-du-Petit-Cap (Sainte-Anne-de-Beaupré), quatre à la Petite-Rivière-Saint-François et que Mgr de Laval lui doit la mise en valeur d'un vaste domaine à Baie-Saint-Paul.

Selon l'Institut de la statistique du Québec, le patronyme Simard arrive au 11e rang dans la région de Québec et l'Est du Québec, du nord au sud, en ce qui concerne le nombre de descendants. Pour tout le territoire du Québec, la grande famille Simard se classe 15e.

Des débuts difficiles

Tout avait pourtant mal commencé. Quand Noël débarque à Québec, le 21 juin 1657, en compagnie de son père, Pierre, il a le coeur en bandoulière. Sa mère et sa soeur adorée sont restées en France. Elles ont dit non à l'aventure de la Nouvelle-France. Pas moyen de les faire changer d'idée. Le coup est rude pour le jeune homme, qui vient d'avoir 20 ans. Il ne reverra jamais ni sa maman ni sa soeurette.

Pierre Simard, le père, est originaire de Puymoyen, évêché d'Angoulême, aujourd'hui dans le département de la Charente. Il est maître maçon de son métier. Sa première épouse étant décédée peu de temps après le mariage, il se remarie, en 1635, avec Suzanne Durand, d'Angoulême. De leur union naissent deux enfants. Un garçon et une fille. Noël Simard, qui deviendra l'ancêtre que l'on sait, est ce fils tant désiré.

Pierre était venu en Nouvelle-France dès 1653. Le gouverneur Jean de Lauzon lui avait concédé une terre de trois arpents de front par une lieue et demie de profondeur à Sainte-Anne-du-Petit-Cap. Il était repassé en France pour aller chercher sa femme et ses enfants. Il mettra une année complète à tenter de les convaincre de l'accompagner dans son nouveau pays. En vain. Noël, lui, est non seulement réceptif mais il déborde d'enthousiasme. Seul ombre au tableau : l'absence de sa soeur. Pendant des années, il gardera l'espoir de la faire venir en Canada. Quant à la mère, elle se considérera comme veuve dès le départ de son mari.

Heureusement, le père et le fils s'entendent à merveille. Noël gardera son père avec lui toute sa vie, même après son mariage. Car il n'attendra pas longtemps avant de fonder un foyer, le beau Noël Simard. Et il ne choisit pas n'importe qui. Marie-Madeleine Martin, âgée de 15 ans, est la petite-fille d'Abraham Martin, un des premiers colons arrivés ici peu après Champlain. Le grand-père se présente comme pilote du roi de son métier. C'est lui qui donnera son prénom au grand jardin romantique du promontoire de Québec.

La somme de travail abattu par Noël et Marie-Madeleine sur leur ferme de Sainte-Anne est impressionnante, selon le généalogiste Gérard Lebel, qui, dans Nos ancêtres, relève les recensements de 1667 et de 1681. Ainsi, cinq ans seulement après leur mariage, les Simard possèdent 13 arpents de terre en culture et quatre têtes de bétail. Moins de 15 ans plus tard, ils cumulent 30 arpents défrichés, 20 bêtes à cornes et trois fusils.

Vaillant comme 10

Mgr de Laval, qui avait des yeux et des intérêts un peu partout dans la jeune colonie, n'est pas long à remarquer les qualités de l'ancêtre des Simard. Il est vaillant comme 10 et il a une tête sur les épaules. Déjà seigneur de la Côte-de-Beaupré, l'évêque de Québec possède aussi un immense territoire à Baie-Saint-Paul qui va de Petite-Rivière-Saint-François à la rivière du Gouffre. Il cherche un homme de confiance pour ouvrir ces terres à la colonisation et pour les mettre en valeur. Il croit avoir trouvé son homme en la personne de Noël Simard. Il a fait le bon choix.

À l'automne de 1677, les contrats sont conclus, rapporte Jean-Yves Simard dans Nos origines familiales, un solide travail de recherche qu'on peut consulter à la bibliothèque de la Société de généalogie de Québec.

À 40 ans, Noël est de taille à entreprendre ce qui sera l'oeuvre de sa vie. Il laisse son père encore robuste s'occuper, avec ses deux fils aînés, de la ferme de Sainte-Anne et il part pour Baie-Saint-Paul, où l'attend un travail herculéen.

Il aura des forêts à défricher, des routes à ouvrir, des bâtiments à construire dont un moulin à bois et un moulin à farine, des ouvriers à diriger. Il doit s'occuper aussi d'un nombre impressionnant d'animaux de ferme dont six grands boeufs, six vaches avec leur veau, six cochons, etc. Noël, c'est écrit dans le contrat, gardera pour lui la moitié des récoltes et la moitié des bêtes à naître du troupeau. Deux autres pionniers, Pierre Tremblay et Claude Bouchard, ont aussi signé des contrats avec le Séminaire et lui donnent un fier coup de main.

Noël Simard remplit si bien son contrat qu'il obtient une large concession au Cap Maillard, à Petite-Rivière-Saint-François. En 1686, il a les moyens de se porter acquéreur d'au moins quatre terres à Petite-Rivière. À la même époque, son père, le bon vieux Pierre, le vaillant maçon qu'il a toujours gardé chez lui, meurt de vieillesse.

Dans son incontournable Dictionnaire biographique des ancêtres québécois, Michel Langlois nous apprend qu'en 1697, Noël fait don de sa terre de Sainte-Anne à ses fils Joseph et Augustin. Trois ans plus tard, avec l'assentiment de son épouse, il cède ses propriétés de Petite-Rivière-Saint-François à ses fils François, Paul et Jean, à condition qu'ils les logent, les nourrissent et prennent soin d'eux jusqu'à leur décès.

Noël Simard décède à Baie-Saint-Paul le 24 juillet 1715 et y est inhumé quatre jours plus tard. L'aïeule Marie-Madeleine Racine, sa chère épouse et la mère de ses 14 enfants, le rejoindra dans la mort à l'été de 1726. Elle était âgée de 81 ans.

Noël et Marie-Madeleine auront réussi un parcours de vie exemplaire dans des circonstances extrêmes. Et ils auront participé activement, sur le terrain, à la fondation d'un nouveau pays.

Au milieu du XXe siècle, un recensement local établissait que sur les 800 familles que comptait Baie-Saint-Paul, plus de 110 portaient le nom Simard. Paul Médéric signale en outre qu'il y avait deux Simard parmi la Société des vingt et un qui ouvrirent le Saguenay à la civilisation à partir de Baie-Saint-Paul, toujours. Ils ont aussi colonisé l'Abitibi et le Témiscamingue.

Le surnom Lombrette

Tous les généalogistes qui se sont intéressés à l'ancêtre des Simard accompagnent son nom de son surnom de l'époque, Lombrette : Noël Simard dit Lombrette. Chacun a son explication à ce sujet. Selon Archange Godbout, "le surnom de Lombrette (petite ombre) qu'il porta au Canada et qui passa à quelques-uns de ses descendants faisait allusion à sa petite taille ou rappelait quelque lieu-dit de Puymoyen, sa terre natale".

Noël avait hérité du surnom de son père et, selon Paul Médéric, le surnom Lombrette avait bien failli supplanter le nom Simard. Il croit que le surnom du père lui venait de son métier de maçon. Ses compagnons de travail, par admiration, disaient de lui qu'il avait "la brette longue", c'est-à-dire que le coup de son bras sur la pierre pour la rayer était énergique et portait bien. Belle image qui pourrait aussi faire sourire des esprits mal tournés.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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